L'ultra, c'est un sport d'alimentation
Les ultras-traileurs expérimentés le disent tous : « Un ultra, c'est une course d'alimentation avec un peu de running autour. » Et c'est à peine exagéré. Sur 15 à 25 heures d'effort, vous allez brûler entre 6 000 et 10 000 kcal. Votre estomac ne peut en absorber qu'une fraction, et c'est justement là que tout se joue.
L'objectif n'est pas de tout compenser — c'est physiquement impossible — mais de maintenir un flux constant de glucides et de sodium pour éviter la défaillance. Visez 200 à 300 kcal par heure. Pas plus, sous peine de surcharger un estomac déjà maltraité par les heures de secousses.
Le sucré lasse, le salé sauve
C'est un phénomène universel en ultra : après 6 à 8 heures de gels et de barres sucrées, votre corps n'en peut plus du sucre. L'écœurement s'installe, les nausées arrivent, et chaque gel devient un calvaire à avaler.
La solution : passer au salé. Soupe chaude aux ravitaillements, chips, fromage, pain, voire un bout de saucisson. Ça paraît incongru pour une course à pied, mais c'est ce qui permet de relancer la machine quand le sucré ne passe plus. Prévoyez aussi des bretzels et des cacahuètes dans votre sac — faciles à transporter et riches en sodium.
La nuit change les règles
Un 100 km inclut presque toujours une partie nocturne. Et la nuit, votre métabolisme ralentit, la température chute, et la fatigue mentale rend chaque décision plus difficile — y compris celle de s'alimenter.
Deux réflexes pour la nuit : boire chaud (un thermos de thé sucré est un trésor au km 70) et manger plus régulièrement, même sans faim. La nuit, on oublie facilement de s'alimenter parce que le froid coupe la soif et que la fatigue masque la faim. Programmez une alarme sur votre montre toutes les 30 minutes pour vous rappeler de manger.
La gestion des bases de vie
Sur un 100 km, vous passerez par 2 à 4 bases de vie où vous pouvez accéder à votre sac d'assistance. C'est le moment de changer de vêtements si besoin, mais surtout de recharger votre nutrition.
Préparez des sacs étiquetés à l'avance pour chaque base : gels comptés, barres, pastilles de sel, flasques propres, et un petit bonus moral — un aliment que vous adorez et qui vous remotivera. Un carré de chocolat ou un mini-biscuit peut avoir un effet psychologique dément au km 65 à 3h du matin.
Caféine : le joker de la deuxième nuit
Sur un ultra, la caféine n'est pas un gadget — c'est un outil stratégique. Gardez vos gels caféinés pour les moments critiques : le passage de nuit, la grosse montée du km 80, le tronçon où vous savez que le moral va flancher. 200 mg de caféine (2 gels caféinés) peut suffire à relancer 2 à 3 heures de lucidité. Mais si vous n'êtes pas habitué à la caféine, ne l'expérimentez pas en course : les effets secondaires (palpitations, troubles digestifs) peuvent être pires que la fatigue.
